CAHIER N°71

Le bébé exposé aux risques de maltraitance dès sa conception oser le penser pour mieux accompagner

Paru en mai 20245

Dr Dominique Girodet
Pédiatre à la Maternité de Montmorency de 1973 à 2019

N’est-ce pas contre nature d’oser juxtaposer les termes « Le Bébé » et « Maltraitance » ?

N’est-ce pas contre nature d’oser penser que toute naissance n’est pas une nativité ?

Et pourtant les services de pédiatrie et de pédopsychiatrie sont les témoins des conséquences, sur le corps et le développement psycho-affectif de l’enfant, de situations de mauvais traitements qui ont pu se mettre en place dès la conception ou pendant la grossesse.

Bernard Golse, Professeur émérite de pédopsychiatrie, nous offre un abord psychanalytique de la mise en danger du bébé dès sa conception selon l’histoire de ses parents et la place occupée par l’enfant à venir dans leur psychisme, incluant la violence conjugale comme première forme de mauvais traitement faite à l’enfant.

Nathalie Presme nous parle de sa place de pédopsychiatre de liaison en maternité. Elle insiste sur la néotonie du nouveau-né, source d’une grande fragilité, qui peut le mettre en danger dès sa vie intra utérine. Elle aborde les différentes pathologies psychiatriques rencontrées en maternité, les conflits qu’elles engendrent au sein des équipes, l’importance d’une prise en charge précoce, si possible pendant la grossesse, par une équipe pluridisciplinaire ayant un abord empathique des parents sans attendre la demande et sans à priori vis à vis de la pathologie.

Rahmeth Radjack pédopsychiatre a questionné sa collègue Malika Sana psychiatre et addictologue à la maternité de Port Royal au sein d’une ELSA (équipe de liaison et de soin en addictologie).

Malika Sana aborde la grande difficulté de la prise en charge de ces femmes en raison des problématiques sociales très souvent associées aux troubles psychiatriques et l’importance d’un abord direct, non jugeant, empathique et toujours à plusieurs professionnels. L’évaluation de la place du père, de la famille élargie ainsi qu’un suivi sur une longue durée doivent faire partie de la prise en charge permettant d’aboutir à des évolutions favorables comme à la décision de demander le placement du nouveau-né.

Isabelle Souksi et Evelyne Mazurier, toutes deux pédiatres au sein du réseau périnatal occitanie (POC) abordent les conséquences de la consommation d’alcool pendant la grossesse à l’origine de troubles du neurodéveloppement et de la première cause non génétique de déficience intellectuelle chez l’enfant.

Elles insistent sur l’importance de soins les plus précoces possibles pendant la grossesse ou dès la naissance par une équipe pluridisciplinaire et formée à cette pathologie. Elles nous font partager leur expérience au sein du parcours COCON assurant une prise en charge de l’enfant à 100% qui permet grâce à la grande plasticité cérébrale d’atténuer les effets délétères de cette intoxication alcoolique.

Enfin Sabrina Hedhili sage-femme coordinatrice du dispositif spécifique régional en périnatalité (DSRP) nous rappelle le rôle essentiel des sage-femmes au sein de la Protection Maternelle et Infantile (PMI) dans le dépistage et la prise en charge, dès la grossesse, entre autres, des situations à risque de maltraitance en travaillant en concertation avec tous les autres professionnels des champs sanitaires et sociaux pouvant être amenés à intervenir. Elle insiste sur le rôle de deux entretiens : l’entretien prénatal précoce (EPP) et l’entretien postnatal précoce (EPNP) tous deux théoriquement obligatoires mais dont ne bénéficie qu’une minorité de parturientes faute de moyens donnés par l’Etat.

En réalité le dénombrement des EPNP n’est même pas réalisé. Et pourtant un rapport parfaitement argumenté et éclairé par le point de vue des professionnels est paru dans le cadre de la mission d’évaluation et de contrôle des lois de financement de la sécurité sociale. Le député Hadrien Clouet a rendu ce rapport en 2023 en insistant sur la nécessité primordiale d’assurer la prise en charge de l’EPNP à 100% par l’assurance maternité sur le modèle de l’entretien prénatal.

Ces choix politiques ne sont pas assumés actuellement, nous souhaitons que Madame Sarah El Haïry, Haut-Commissaire à l’Enfance nommée le 6 mars 2025 dernier, se saisisse du sujet